Ce que je trouve intéressant dans ce thème, c'est que nous vivons quelque chose de totalement nouveau : que restera-t-il de la religion dans des dizaines d'années ? A priori pas grand chose, vu comment les nouvelles générations s'en détachent. Certains s'ouvrent à d'autres choses, d'autres manières de penser la vie, par exemple avec le bouddhisme, mais globalement ce qui avant nous servait de "béquille", de guide, pour appréhender des thèmes angoissant comme la mort, nous n'en voulons plus.
Ma position personnelle sur la religion n'est pas très intéressante en elle même, mais comme je baigne dans la théorie psychanalytique en ce moment, je propose un petit détour vers Freud (extraits du dossier du magazine Sciences Humaines).
"La religion prétend donner des réponses à des questions qui angoissent les hommes. Sur ce point, la science ne peut en revanche pas se substituer à la religion car elle ne vise pas à répondre aux angoisses des hommes.
Les rituels religieux apaisent donc l'angoisse, en même temps qu'ils l'entretiennent.
En 1921, dans Psychologie des foules et analyse du moi, puis en 1927 dans L'Avenir d'une illusion, Freud soulignait combien les idéaux religieux resserrent le lien social et participent à la constitution d'une communauté (tout en excluant violemment qui ne partage pas ces idéaux).
La religion est pour Freud une illusion. Cela ne veut pas d'abord dire qu'elle est fausse : mais elle obéit à une logique de désir et non à une logique de vérité. La petite secrétaire qui rêve d'épouser le grand patron est prise dans une illusion, même s'il peut arriver exceptionnellement qu'un patron épouse une petite employée. Le problème du désir religieux n'est pas tant qu'il ne se réalise pas, mais qu'il congédie les critères de vérité au profit d'une croyance collective (donc non délirante) qui satisfait le désir.
Il reste que
lorsque la croyance religieuse recule, sa force de conviction qui faisait accepter les renoncements pulsionnels s'affaiblit et il n'est pas sûr que les individus continuent à accepter les interdits nécessaires, ceux du meurtre et de l'inceste ? d'autant que notre culture a connu une inflation des interdits (monogamie, fidélité, chasteté de l'adolescente, etc.). Il serait donc essentiel de montrer rationnellement aux individus pourquoi les interdits sont nécessaires. Mais comment susciter la force affective, l'illusion elle-même nécessaire à une force de conviction qui entraîne le désir ? L'illusion rationnelle de la science se nourrit d'espoir, mais rectifie sans cesse ses hypothèses. Est-ce transposable à l'échelle de la société entière et de l'éducation de tous ses membres ? C'est sur de telles questions que se clôt
L'Avenir d'une illusion. "
Pour ceux qui veulent aller plus loin chez Freud : Totem et Tabou (1913), Psychologie des foules et Analyse du moi (1921), L'Avenir d'une illusion (1927).